Le Christ, victorieux du mal par sa miséricorde,
est notre avenir

Une femme est prise en flagrant délit d’adultère. A l’écoute de ce passage de l’évangile selon Saint Jean, je ne peux m’empêcher de repenser à une expression du Pape François, en cette période où sont dévoilés de graves abus commis par des prêtres ou des évêques : « Le Christ a pris l’Eglise, son Epouse, en flagrant délit d’adultère ». Les abus de pouvoir, de conscience, les abus sexuels, les silences coupables, conduisent l’Eglise à être au banc des accusés, comme la femme adultère, mise au milieu pour mieux l’accuser.

La Loi de Moïse condamne les femmes adultères à la lapidation : faute de pouvoir éliminer le mal, la Loi demande de mettre à mort les personnes qui se sont laissées dominer par un mal jugé grave, afin que le mal ne contamine pas la société. Il n’y a pas d’avenir pour le pécheur, pas de vie possible. Ainsi la peur du châtiment est censée maintenir l’ordre social.

« Il n’est pas venu pour condamner, mais pour sauver »

Jésus ne s’oppose pas à la Loi de Moïse, Il ne s’oppose pas à la justice, mais Il va plus loin. Il n’est pas venu pour condamner, mais pour sauver. Il n’est pas venu pour éliminer les méchants, mais pour vaincre le mal. Il refuse d’entrer dans la logique des accusateurs de la femme qui sont eux-mêmes au moins aussi pécheurs qu’elle ; en effet, en accusant la femme, ils veulent se justifier eux-mêmes, passer pour des justes, et, en même temps, prendre au piège Jésus, le Seul Juste. Sous les apparences de justice, c’est un plus grand mal qui pourrait triompher.

Jésus s’abaisse, comme pour éviter le piège. Puis Il renvoie les accusateurs à leur propre injustice, à leurs propres péchés.

Alors Il peut s’adresser à la femme, dans un face-à-face qui met la femme dans la lumière divine, dans la vérité de son péché et la vérité plus profonde de son être infiniment aimé de Dieu ; Jésus lui fait miséricorde et triomphe en elle du péché. Seule la miséricorde divine peut triompher du mal. Seule la miséricorde porte un regard juste sur le péché et sur le pécheur ; seule la miséricorde permet à l’être humain de voir la laideur de son péché tout en lui ouvrant une autre voie possible, un chemin de vie.

« L’Eglise compte sur vous, les jeunes, pour s’élancer vers son avenir, « oubliant ce qui est en arrière ». »

La femme Eglise est appelée elle aussi à trouver dans la miséricorde de Dieu la lumière sur ses égarements, la force de changer ; elle est invitée à accueillir la grâce victorieuse du mal, et recevoir à nouveau la mission de collaborer à la victoire du Christ sur le mal. Elle doit, dans l’expérience de la miséricorde, renoncer à tous ses faux appuis, ses fausses richesses, à la recherche de sa propre image, pour ne chercher que le Christ. Il lui faut résolument renoncer à tout, à la suite de Saint Paul, en vue de la supériorité de la connaissance du Christ. J’aime ce passage de l’épitre aux Philippiens que nous avons entendu dans la deuxième lecture, c’est comme un cri du cœur de Saint Paul qui a tout laissé pour « connaître le Christ, éprouver la puissance de sa résurrection, communier aux souffrances de sa Passion, en devenant semblable à Lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts ».

Le Christ est l’avenir de l’Eglise, et Il est le Chemin pour tendre vers l’avenir. L’Eglise compte sur vous, les jeunes, pour s’élancer vers son avenir, « oubliant ce qui est en arrière ».

Le prophète Isaïe, dans la première lecture, transmettait cette parole de Dieu : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? ».

C’est parce qu’elle s’est écartée du Christ, parce qu’elle a compté sur elle-même, sur sa propre beauté, sur son pouvoir, sur ses charmes, que l’Eglise est tombée dans l’adultère. Alors même qu’elle est à terre, humiliée, meurtrie, Dieu fait en elle du nouveau.

« Apprenez le Christ, cherchez chaque jour à le connaître vraiment. »

Vous, les jeunes, vous êtes naturellement tournés vers l’avenir. Souvenez-vous que le Christ est votre avenir comme celui du monde entier ! Ne comptez pas sur votre seule générosité, sur votre seul enthousiasme, sur votre seule intelligence, sur votre seule créativité, sur vos seuls diplômes, pour changer le monde. Tout cela est nécessaire mais insuffisant ; tout doit être donné au Christ pour que le Christ entraîne l’Eglise et le monde vers leur accomplissement. Avec votre collaboration et celle de tous les chrétiens, le Christ relèvera l’Eglise, et la fera passer de la situation de la femme adultère à celle de la fiancée de l’Apocalypse, resplendissante de beauté. Avec votre collaboration et celle de tous, le Christ transformera le monde et le conduira à son accomplissement dans la Jérusalem céleste.

Donnez-vous au Christ, vivez de sa miséricorde, établissez-vous dans sa miséricorde qui est son arme de victoire sur le mal. Apprenez le Christ, cherchez chaque jour à le connaître vraiment. En Lui sont tous les trésors de la sagesse et de la connaissance, nous dit Saint Paul. Il n’y a pas de plus haute connaissance de celle de l’amour du Christ.

« Découvrez le trésor unique que vous êtes ! »

Dans la lumière du Christ, apprenez à vous connaître, découvrez le trésor unique que vous êtes, découvrez les dons uniques que vous avez reçus pour les mettre au service de vos frères et sœurs, dans l’Eglise et dans la société. Chacun de vous est un chef d’œuvre original qui a quelque chose à dire au monde ; chacun est un don unique. Le pape, dans l’exhortation apostolique qu’il vous adresse cite un jeune Vénérable (en voie de béatification), Carlo Acutis, mort à 15 ans, qui disait : « tous les hommes naissent comme des originaux, mais beaucoup meurent comme des photocopies », voulant dire que beaucoup de gens se laissent enfermés dans des moules, des comportements imposés par la culture ambiante ou les puissants de ce monde. « Ne permets pas que cela t’arrive », écrit le Pape (n° 106).

« Ne permets pas qu’ils te volent l’espérance et la joie, qu’ils te rendent toxicodépendant pour t’utiliser comme esclave de leurs intérêts. Ose être davantage, car ta personne est plus importante que quoi que ce soit. Il ne te sert à rien d’avoir ou de paraître. Tu peux arriver à être ce que Dieu, ton Créateur, sait que tu es, si tu reconnais que tu es appelé à beaucoup. Invoque l’Esprit Saint et marche avec confiance vers le grand but : la sainteté. Ainsi tu ne seras pas une photocopie. Tu seras pleinement toi-même. » (n° 107).

« Que la Vierge Marie nous aide à dire « oui », à nous livrer sans réserve à la Parole agissante de Dieu, au Christ ! »

Ainsi, avec tes frères et sœurs chrétiens, tu pourras participer à la victoire du Christ sur le mal, et tu pourras entraîner l’Eglise vers son avenir.

Que la Vierge Marie nous aide à dire « oui », à nous livrer sans réserve à la Parole agissante de Dieu, au Christ ! Comme elle, méditons dans notre cœur tout ce qui concerne le Christ, les évangiles en particulier ! Qu’elle nous aide à donner au monde son avenir : le Christ ! Qu’elle nous aide à collaborer avec le Christ pour le triomphe de sa miséricorde !

+ Guy de Kerimel

Evêque de Grenoble-Vienne